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 Lullabye * Theodore Nott

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ϟ parchemins : 10 ϟ Gallions : 14 ϟ Âge : 14 ans ϟ Baguette : Bois de hêtre, 28,5cm, très rigide, crin de licorne ϟ Sang : Pur ϟ Année d'étude : Quatrième année Age : 36
Localisation : In a nightmare
Serdaigle • Quatrième année ─
MessageSujet: Lullabye * Theodore Nott   Mer 29 Avr - 1:51

Un besoin irrépressible de sentir les cordes sous mes doigts, et d’entendre la musique s’élever autour de moi. Ce n’était pas une bonne journée. Une journée dans un silence assourdissant. Un silence qui n’entourait que moi. Pas un mot, pas un regard. Invisible.
   
Je ne fais pas d’effort pour aller vers les autres, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même je suppose. Mais ce sentiment de solitude m’oppresse plus que d’ordinaire.
 
En sortant du cours de sortilège, je courre presque jusqu’au dortoir des Serdaigle. Je réponds à la question de la porte sans même y réfléchir, m’engouffre dans la salle commune. Je monte les marches quatre par quatre, et fouille sous mon lit avec frénésie. Jusqu'à sentir l’étui de cuir, qui me semble si réconfortant. Je m’en saisi, et fais le chemin en sens inverse, dévalant les escaliers. Je manque de tomber dans mon empressement, me prenant les pieds dans ma robe. Un sens de l’équilibre, sans doute motivé par l’instinct de protection, m’empêche toute fois de réellement chuter. Trouver un luthier dans les environs du château est compliqué, et j’ai peu confiance en la magie quand il s’agit de réparer ma seule source d’oxygène.
 
En aussi peu de temps qu’il n’en faut pour dire « Quidditch », je me retrouve dehors. Je prends une goulée d’air frais, qui me brule les poumons. Je m’en fiche. Un sourire se dépose même sur mes lèvres pendant un court instant. Parce que je me sens bien. Le froid m’engourdit les membres, et je n’ai aucune idée de comment je vais pouvoir extirper le moindre son de mon instrument dans ces conditions. Cependant, je suis enfin entier. L’étui à la main, je me dirige vers le lac. A côté, il y a un grand bouleau, sous lequel j’ai pris l’habitude de m’asseoir. Personne ne vient jamais me déranger ici, surtout en cette saison.
 
J’appuie mon dos contre le tronc, et je sens l’écorce s’imprimer sur ma peau. Ne faire plus qu’un avec l’environnement qui nous entoure… L’herbe est encore mouillée de la pluie qui est tombée lorsque j’étais en cours. Je devrai changer de robe demain, celle-ci sera bonne pour le nettoyage. Les elfes de maison doivent se demander comment je me débrouille, aucune des miennes ne tient plus de deux jours. Elles se retrouvent toujours pleine de terre, voir même de boue.
 
Je vois Uric qui m’observe depuis l’arbre d’en face. Elle hésite, elle ne sait pas si elle doit s’approcher ou non. Je peux le lire dans ses yeux jaunes de chat beaucoup trop humain. Elle finit par venir me renifler, et me léchouiller la main de sa langue toute râpeuse. Je déteste ce contact, mais elle est tellement adorable. Je la gratouille, juste entre les deux oreilles. Puis elle retourne à sa vie de matou, comme elle le fait toujours. Ses intermèdes d’affection sont toujours courts, mais suffisant pour l’un comme pour l’autre.
 
Clac clac
 
Le bruit familier qui ouvre mon cœur autant que l’écrin. Je pourrais lui faire une déclaration d’amour, à cet objet qui se tient là, attendant mes mains. Au lieu de ça, je prends l’archet. Je tends les crins avec délicatesse, avec tendresse même. Tant de fois j’ai vu Maman le faire… Ces yeux verts, attentifs au moindre millimètre.
Je sors la colophane. J’ouvre la petite boîte, et en hume le parfum. Je ne peux m’en empêcher. C’est particulier comme odeur. Ambré. Divin. Proche de rien. Avec application, je passe la sève compacte sur les crins. Jusqu’à ce qu’ils deviennent rugueux.
 
Je place enfin la mentonnière contre ma joue. Mes doigts se placent sans un bruit, l’archet se pose contre les cordes. Je les joue toutes une par une, à vide.
 
« Un petit accordement peut être, mon ange. »
 
J’appuie ma tête contre l’instrument, afin qu’il de puisse pas tomber. Ma main se déplace lentement vers les tendeurs. Je tourne les minuscules boutons, jusqu'à obtenir le son juste. Puis reviens à ma position initiale.
 
Je ferme alors les yeux. Laisse aller mes mains, mes doigts, mon esprit, mon cœur. Chacun vagabonde à son rythme, et la mélodie s’échappe enfin du violon, libératrice. Chaque note résonne dans ma tête, son volume y est décuplé. La berceuse s’élève dans le parc. J’entends encore le soprano léger qui s’entremêle avec celui qui se glisse sous ma peau. « Twinkle Twinkle, little star… »
 
Les larmes coulent lentement le long de mes joues, s’écrasant sur la mentonnière. Je joue avec encore plus de ferveur, pour qu’elle m’entende de là-haut. J’aimerai tellement qu’elle me voit, qu’elle revienne juste pour une seconde, me sourire. Me dire que tout va bien. Et qu’elle chante encore. Comme quand j’étais petit. Mais je ne peux pas m’endormir, je suis le seul qui maintien la musique. Comme toujours depuis 5 ans.


Twinkle Twinkle Little Star:
 


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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: Lullabye * Theodore Nott   Jeu 30 Avr - 15:34

De sa maman, Theodore n'a que de vagues souvenirs. Des souvenirs ancrés dans une mémoire défaillante, vacillante. Incertaine. Parfois, il lui arrive de douter un peu. Ce souvenir, celui qu'il chérit tant et que parfois il revit un peu, rien qu'en fermant les yeux : ce souvenir a-t-il réellement eu lieu, où son âme d'enfant l'-t-elle inventé pour lui être plaisante ? Il ne sait pas, n'est persuadé de rien. Mais il s'en moque : tout ce qu'il souhaite, c'est de pouvoir revivre ces jolis souvenirs. S'ils vivent en lui, c'est suffisant pour croire qu'ils aient pu réellement exister. Ou du moins, Theodore trouve que c'est suffisant. Il est seul juge.

Parfois, lorsqu'il est seul – tout à fait seul, pas de cette solitude quotidienne – il prend le temps de sortir du château et en lui même, il a la sensation de pleurer. Son deuil, il y a bien longtemps qu'il l'a fait : il n'a pas eu le choix, à vrai dire. Mais il n'en est pas moins triste souvent, tout le temps peut-être, parce que même en le recouvrant de tout le noir du monde, le vide en dedans reste un vide, et c'est tout. Theodore voudrait bien mettre quelque chose dans ce vide, de la fumée ou de l'espoir, dans petits cailloux ou de l'herbe verte et des fleurs blanches. Mais il ne sait pas, il ne sait pas comment faire, alors il essaye juste de faire en sorte que le vide ne prenne pas plus de place qu'il n'en occupe déjà. Qu'il ne s'étendre pas de ses tripes à ses poumons et sa trachée, à son bassin, ses rotules, ses orbites, la pointes de ses cheveux, le bout de ses orteils, et même la trace de pas qu'il laisse sur le sol. Un vide, un vide minuscule, c'est douloureux déjà, mais c'est tout ce qu'il est capable de supporter.

Theodore marche dans le parc depuis longtemps déjà. Il ne pleut pas mais l'herbe est mouillée. Theodore salit sûrement ses chaussures de boue. Il s'en moque, il en a d'autres dans son dortoir. Il se moque toujours de ce genre de choses. A cause de cela, certains Serpentard le regarde avec mépris lorsqu'il passe le mur de sa salle commune. Ce genre de mépris qui le fait sourire Theodore, parce qu'il n'en ressent pas moins à leur égard.Parce que le mépris, il est de ces gens qui s'en sont fait une boutonnière et le porte avec toute la fierté du monde, et savent le cracher avec une élégance que l'on ne nomme pas car elle n'est pas nommable.

Il hume l'air, et avance sans but. Il est trop tôt, bien trop tôt pour regarder les étoiles. Une pensée disgracieuse dont il ne veut pas s'accroche à son esprit. Elle est teintée de jaune, et cette odeur sucrée. Il s'en débarrasse comme il peut, la cache sous d'autres résurgences, plus douces, plus belles, telles qu'Orion ou l'anneau de Saturne. Un bruit, encrage du cosmique que Theodore vient de s'ébaucher dans sa tête, résonne, un peu loin, pas trop.

Un bruit qui sent le souvenir à plein nez, et ce goût de madeleine sur les papilles de Theodore. Il s'approche silencieusement, pour écouter au mieux. Un violon, il aime bien le son des violons Theodore. Ça grince de douleur, et en même temps, le son voltige avec une délicatesse de roi. A en faire scintiller les petites étoiles. Theodore offre à rien un début de sourire. Cela, oui, c'est un souvenir.

Il s'approche doucement de l'arbre dont le doux murmure provient . Il veut savoir de qui il s'agit. De ses connaissances, il n'a pas le souvenir d'un violoniste. Mais il ne connaît pas grand monde. Et enfin il aperçoit ce garçon, un peu plus jeune que lui. Ses cheveux blonds, et sous ses yeux fermés, quelques perles de pluie. Theodore se sent mal à l'aise, plongé dans l'impression que cette scène ne lui appartient pas. Qu'il ne devrait avoir le droit d'être ici, qu'il s'approprie une tristesse qui n'est pas la sienne. Et qui pourtant y ressemble tellement. Alors il attend que l'autre ouvre les yeux, qu'il ait fini son morceau. « Tu ne devrais pas pleurer. » Theodore est quelqu'un dont les conseils ne se cachent pas dans les mots mais dans l'intonation. Theodore est quelqu'un dont on ne comprend pas les conseils. Il fixe les grands yeux verts, en amande sensiblement. Il repense à la voix de maman, quand elle l'endormait le soir avec une berceuse. Parfois celle-ci.

Il ne veut pas s'imposer, mais il n'a pas vraiment la volonté de repartir non plus. C'est ce garçon qui lui fait mal au cœur, parce que le manque d'éclat au fond de ses yeux ressemble sûrement de trop au manque d'éclat dans le fond des yeux de Theodore. Quoiqu'il ne s'en rende pas compte. Certainement est-ce maman qui lui souffle à l'oreille. Certainement, oui.
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Serdaigle • Quatrième année ─
MessageSujet: Re: Lullabye * Theodore Nott   Ven 1 Mai - 0:26

Les dernières notes flottent dans l’air, comme en suspens. J’aimerais les attraper, qu’elles restent autour de moi pour toujours. C’est tout ce qu’il me reste. Ce qui m’aide à respirer, quand sa voix manque à ma vie. Cela fait des années qu’elle est partie, des années que je suis seul. Mais ce trou béant en plein milieu de ma poitrine n’arrive pas à se refermer. La douleur est toujours aussi présente, à chaque seconde, quoi que je fasse.
 
Le timbre d’un élève me surprend. Parce que je n’ai pas entendu les pas. Puis parce que je ne le reconnais pas. J’ouvre les yeux, encore embués de larmes. Je pose le violon dans l’étui, et les essuie d’un revers de manche.  Il me regarde, et je vois bien qu’il hésite. Curiosité mal placée ? Qui est-il, ce garçon dégingandé qui vient me voler ces instants d’intimité ? Je sais que j’affiche à présent une mine renfrognée, alors que cela est inutile. Il partait peut être de bons sentiments.
 
« Pourquoi pas ? Cela peut faire beaucoup de bien parfois. »
 
Le ton est un peu revêche. Je plonge cependant pour la première fois mes yeux dans ceux du Serpentard. Et tout devient clair. Un léger sourire se pose sur mon visage avec délicatesse. Ce regard, je le reconnais entre mille. C’est celui d’une personne brisée par la vie. Le même que celui que j’arbore depuis que ma mère est morte.
 
« Pardon… Je… Je ne voulais pas paraître blessant. ». Je me lève lentement, et époussette ma robe de sorcier avec les mains. Ce geste me paraît sans grand intérêt, au vue de la boue qui s’y incruste depuis près d’une heure. Je ne prête jamais grande attention à ce genre de détails, malgré mon nom de famille. Si elle était encore là, je sais qu’elle rirait en voyant les tâches qui s’étalent dans tout mon dos et sur le bas de ma cape. Mais si lui était encore de ce monde… Le problème aurait été tout autre.
 
Je finis par tendre la main à mon interlocuteur, en me sentant un peu gêné. C’est la première fois que quelqu’un de Poudlard m’entend jouer du violon. Ou, du moins, ne m’évite pas comme c’est le cas habituellement. « Firmin. De Morgand. A qui ai-je l’honneur ? »
 
Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi il est resté jusque là. Pourquoi il a cet air de fascination figé sur son visage, et qu’il ne rejoint pas le château, malgré le froid ambiant et les nuages de plus en plus menaçant. Et pourquoi moi, je reste planté face à lui, comme un enfant qui vient de se faire surprendre en train de fauter. Puis la question franchit mes lèvres sans même m’en rendre compte. « Tu as aimé le morceau ? C’était ma berceuse préférée quand j’étais plus jeune. »
 
   
Je ne sais pas pourquoi je lui parle de cela. Je ne le connais pas après tout. Mais j’ai besoin de savoir pourquoi je ressens ce sentiment. Celui d’être intimement lié au jeune homme qui se tient là. Comme si je le connaissais depuis toujours, et pas juste de par une phrase qui avait atterrie comme un cheveu sur la soupe. La comptine résonne encore dans ma tête, et je brûle de savoir si, lui aussi, il est hanté par ces quelques mots chantés autrefois.


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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: Lullabye * Theodore Nott   Sam 2 Mai - 22:26

Theodore n'est pas de ces gens qui pleurent, pas vraiment. Il est de ces gens qui savent ce que c'est que d'être triste, mais qui sont tristes par en dedans, qui ne montrent en dehors qu'une pale façade d'incertitude et de distance. Il ne sait plus comment on fait pour verser une larme. Petit, dès qu'il s'écorchait le genou, ou qu'il tachait de chocolat un coussin du salon, il allait voir maman en pleurant, soit de douleur, soit de peur de se faire disputer par les mots très durs de son père. Petit, oui, Theodore ne faisait que pleurer dans les bras de maman. Il était triste, sûrement, lorsqu'il crachait ses larmes, mais c'était en même temps quelque chose de très fort, de très doux. Comme une petite flamme brûlant à l'intérieur. Pour faire fondre la tristesse en de longues coulées de plus en plus transparents, de moins en moins palpables.

Mais Theodore n'est plus un enfant, et Theodore a désappris tout cela.

Aujourd'hui, Theodore déambule, comme un fantôme, encore moins visible et mon palpable qu'un fantôme. Transparent, oui. Theodore ne s'est pas débarrassé de sa tristesse d'autrefois, finalement. Il est devenu tout à fait cette tristesse. Il ne sait pas se pleurer lui-même, alors il fait avec ce drôle de poids impalpable sur les épaules, qui le maltraite à chaque pas, à chaque mouvement, à chaque clignement de paupières.

« J'imagine que ça peut, alors. Mais je pense qu'un chocolat chaud sera toujours plus agréable. Une larme c'est salé et amer. Un chocolat, c'est sucré et moelleux. Tout est dit. » Il n'a pas l'habitude de parler de trop, Theodore, mais cet enfant, là, juste devant ses yeux, qui sur le moment lui semble si petit, il ne sait pas trop pourquoi, il y a comme cette marque, presque pas existante, pour le moment, d'affection à son égard qui commence à enserré Theodore. Alors il se laisse faire, et il offre quelques mots à ce garçon qui dit s'appeler Firmin. « Theodore. Theodore Nott. Tu n'es pas blessant. »

On ne blesse pas vraiment Theodore Nott, il faut dire. Surtout quand on ne le connaît pas. Des gens qui savent lui faire du mal, il n'y a que ceux dont il est, ou dont il a été particulièrement proche. les mots des autres ne lui effleurent même pas l'esprit, ils passent loin au dessus de lui, comme de minuscules fusées mal montées, à la ferraille rouillée. Oui, es mots des autres sont rouillés, et Theodore ne les touche pas, ne souhaitant pas s'y blesser.

« C'est amusant que tu joues ça. Ma mère me la chantait lorsque j'étais enfant, parfois. Tu es doué, avec ton violon. Tu en fais depuis longtemps ? » Theodore n'est pas bien sûr de s'intéresser vraiment à cela. Pourtant, c'est cette chanson, cette chanson qui vient d'attiser sa curiosité. Comme une remontée de souvenir, prête à l'étouffer en se conçant dns sa gorge. C'est bizarre et inattendu. Les souvenirs, d'habitude, c'est Theodore qui va les chercher en pleine connaissance de cause, pas eux qui remontent tout seul sans lui demander son avis. Sinon, cette berceuse serait tendrement restée enfouie dans ces souvenirs qu'il ne souhaite pervertir pour rien au monde.

Les souvenirs qu'il a de maman. Un trésor d'une inestimable richesse. Plus que tout ce que son père ne saurait jamais s'offrir.
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Serdaigle • Quatrième année ─
MessageSujet: Re: Lullabye * Theodore Nott   Sam 9 Mai - 20:38

Mes doigts sont irrésistiblement attirés par mon instrument, comme aimantés. Je concentre cependant toute ma volonté pour continuer à parler avec le jeune homme se tenant face à moi. Il m'intrigue, avec ses phrases que je ne comprends qu'à moitié. Pourquoi irais-je goûter mes larmes ? Cela n'a absolument aucun sens pour moi, mais je pense que tout ceci est très clair dans son esprit. Sa logique semble imparable. Les mots sortent de ma bouche sans que je le veuille vraiment, dans un souffle. "Certes... Mais un chocolat sans cannelle à beau être moelleux, il reste sans saveur...". J'ai des odeurs d'épices pleins la tête. Je ferme les yeux moins d'une minute, juste le temps pour son visage de s'imposer dans mes pensées. Elle a du chocolat chaud sur les lèvres, comme une moustache brune, et elle sourit.

Je rouvre les yeux, passe un coup de serviette sur mes souvenirs. Je sens le regard de Theodore qui me scrute, j'esquisse une petite moue gênée sans y penser. Il a l'air de s'intéresser autant à moi que l'inverse, je ne suis pas habitué à avoir ce genre de rapport avec autrui. Puis, le nom de famille m'impressionne. Bien qu'étant moi-même issu de l'aristocratie, Nott a une renommée qui le précède de très loin. Mon défunt père aurait sans doute tué pour être à ma place. Littéralement. Ironie, quand tu nous tiens.

Le garçon me dit que sa maman lui chantait aussi cette berceuse. Je l'avait déjà compris, mais ça me fait du bien qu'il formule cette phrase. Un point commun supplémentaire entre le brun dégingandé et ma misérable existence.

"J'ai eu mon premier violon entre les mains le jour où j'ai su me tenir debout. Ma mère, en plus de chanter divinement bien, m'a appris tout ce que je sais musicalement..." Je me perds dans le fil de mes paroles, comme d'habitude. Les souvenirs d'elle m'assaillent. Je la vois, l'instrument entre les doigts, extirpant des notes que seul les anges pouvaient atteindre. L'archet presque invisible s'embarquant dans des fugues effrénées. La corne sur ses doigts effleurant ma joue, dure et rappeuse. Puis le sang, ses boucles blondes s'étalant sur le sol. Le regard vide.
Je secoue la tête pour chasser cette dernière image. "J'entretiens mon jeu depuis que je n'ai plus de professeur. Elle était bien plus douée que moi, tu sais. Ce morceau n'est pas très dur, je suis sûr que tu pourrais le jouer aussi bien que moi."

Je le pense vraiment. Ces notes sont les premières que j'ai réussi à produire, la mélodie étant simple et jolie à la fois. Je brûle à l'idée de tendre mon violon à Theodore, et de lui apprendre comment en jouer. Cela fait si longtemps que je n'ai plus personne avec qui partager mes instants musicaux... Serait-il prêt à combler cette place ? Et moi, serais-je prêt à prendre celle de ma mère...?


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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: Lullabye * Theodore Nott   Dim 14 Juin - 22:40

Il est de ces ciels dont le bleu ne souhaite qu'assassiner le souvenir, parce que trop brillant, parce que trop attaché au passé. De ce bleu grisâtre qui ne rappelle rien d'autre que les jours de tristesse. De ces bleus enfantés par la pluie, tendrement, juste après la violence d'un orage. Ces ciels là, Theodore ne les aime pas. Ils ont cette odeur âcre du passé qui s'accroche à la peau et qui la salit assez pour ne pas se défaire, pour des heures et des heures, pour des jours et des jours.

Il aimerait bien, pourtant, Theodore, avoir la force de ne pas ruminer le passé.

Il ne sait pas comment les autres font de ce genre d'exploits, ceux qu'ils ne parvient pas, lui, à accomplir. Lui, le souvenir, il a la tête plongée dedans, il s'y noie le matin au réveil, le soir au coucher, et tout le temps entre ces deux temps-là. Et puis la nuit, pour perfectionner le tout, lier avec talent, il en rêve. Connerie que le ressassement.

Faire un sourire, un sourire de plus à des gens qui n'en ont rien à faire de son sourire. Parce qu'après tout lui-même il n'en a rien à faire de son propre sourire. Ce serait bien ironique que de demander aux autres d'en avoir quelque chose à faire, n'est-ce pas ? Laisser tomber pour le sourire, se concentrer sur les quelques mots, sur le son du violon qui ne joue plus pour le moment, mais qui résonne encore, inlassablement, entre les deux tempes. Montrer quelque chose – peut-être pas de la compassion tout à fait, mais enfin, presque. Une goutte de sueur dans la nuque au moins.

Et une sorte de fascination pour l'instrument de musique. Et pour ce qu'il dit le garçon, parce que Theodore, quoiqu'on lui dise, non : il ne se croit pas capable de lâcher un seul son élégant d'un violon. Il est bien mauvais à tout ce genre de chose, la musique, le chant. Il y a bien longtemps que son oreille musicale l'a abandonné. Il peut faire semblant, bien sûr, mais concrètement, non, il n'y croit pas.

Et pourtant, cette envie malgré tout.

D'essayer quand même, de poser la main sur l'archer, l'archer sur les cordes, le son dans l'oreille. Comme pour dire à maman tu vois, de loin, je pense toujours à toi. Un bouquet de notes taillé en forme d'étoile.

Mais il y a toujours un bémol.

« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Je n'y connais rien en musique, ce serait horrible pour toi, et honteux pour moi. Une perte de temps, en somme. » Pourtant, il reste là, Theodore, les yeux grands ouverts, les eux brillants, les yeux qui disent je veux savoir le reste. « Tu sais jouer autre chose ? Je veux dire, tu as l'air de bien t'y connaître. J'imagine que ta mère... » Un silence qu'il considérera plus tard, en y repensant, comme gênant, gêné, aussi. « Elle ne t'a pas appris que cela si ? »

Et il fredonne, il fredonne dans sa tête, toutes les autres comptines délicates de son enfance. Celle qui sont mortes sur le parquet d'une chambre immense, en même temps que sa mère.
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Lullabye * Theodore Nott

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