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 ENSKA - La vie est un roman

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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: ENSKA - La vie est un roman   Lun 27 Avr - 22:21

Theodore n'est pas un garçon méchant, ne l'a jamais été. Il a pu avoir des paroles, un comportement violents, oui. Mais foncièrement, il ne l'est pas. Méprisant, parfois, distant surtout. Peu enclin à la sympathie. Mais pas méchant. Pour être tout à fait honnête, Theodore est un handicapé des relations sociales. Il ne sait pas parler sans buter sur les mots, il tremble dès qu'il doit s'adresser à plus de deux personnes et les phrases dans sa tête n'ont de sens que pour lui.

Alors, nécessairement, à vingt heures vingt-huit, Theodore se demande encore pourquoi il a donné à Enska ce stupide rendez-vous.

Il fixe la pierre, immobile, appuyé au mur. Il a voulu regarder dehors, le ciel, il y a quelques minutes, mais la nuit déjà tombée et les étoiles lui ont fait penser à Tove. Il ne veut pas penser à Tove. Il ne doit pas penser à Tove. C'est malsain, il le sait, il ne cesse de se le répéter. Pas dans une telle situation. Les pas, au loin, lui sortent cette pensée qu'il voudrait étrangère de l'esprit. Tant mieux. Il finira par oublier. Elle arrive.

Elle est belle, Enska. Sincèrement belle, pas juste comme ça, au détour d'un regard. Theodore ne se ment pas lorsqu'il se le dit, dans sa tête. Elle a un regard doux, au moins pour lui, et son visage est sculpté d'un mélange entre les courbures arrondies d'une tendresse mal dissimulée, et l'anguleux plus net d'un orgueil mu par l'indépendance qu'elle s'offre. Elle est belle, Enska, et elle mérite de l'être, parce que Theodore est tout à fait persuadé que sa beauté d'en dehors reflète le plus sincèrement possible son en dedans. Une apparente froideur qui ne fait que cacher quelque chose d'autre. Enska, elle est comme un dragon. Elle cache des flammes à l'intérieur.

Theodore glisse contre le mur, pour s'asseoir par terre, comme un enfant turbulent qui sait qu'il va être puni. Il a peur que ses jambes le lâche un peu, tout à l'heure, quand peut-être il trouvera dans ses poches trouées assez de courage pour dire à Enska ce qu'il a à lui dire. Un peu, rien qu'un peu de courage. « Enska, je... C'est gentil d'être venue. » Merde, merde. Pourquoi c'est si compliqué ? Pourquoi les autres y arrivent si bien, pourquoi chez lui ça ne marche pas ? « Assieds-toi. »

Putain Nott, t'es pas foutu de faire mieux ? Theodore se mord la lèvre. Que fait-il là, sincèrement ? Encore une idée brillante de son brillant cerveau. Qu'il est ridicule, assis là, par terre, dans ce couloir donc on ne voit pas le fond, à se déchirer l'esprit pour cracher sur la vérité, pour la recouvrir de boue, pour n'avoir pas à la porter fièrement. Pour se convaincre que tout ça n'est qu'illusion. Foutu Tove, et puis foutue Enska, foutue timidité, foutu silence.

Foutu Theodore.
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ϟ parchemins : 203 ϟ Gallions : 371 ϟ Âge : Seize ans ϟ Baguette : Vingt-sept centimètres – bois d’orme – ventricule de cœur de dragon ϟ Sang : Pur ϟ Année d'étude : Sixième année
Préfète Serpentard • Sixième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Mar 28 Avr - 2:03

Le petit dragon de papier avait atterri au creux de ses mains, dans l'après-midi, alors qu'Enska n'attendait aucun message. Discrètement, alors qu'elle marchait vers son prochain cours, elle avait défait le joli pliage. Dans le couloir sans fin? A cette heure-ci? La missive l'avait troublée, inquiétée, même. Theodore était bref, peut-être trop... Alors, tout l'après-midi et tout le début de soirée, Enska avait attendu l'horaire convenu, des questions assaillant sans arrêt son esprit.

Il était presque vingt-heures trente et Enska se lassait déjà de chercher son jeune ami dans ce couloir interminable. Lui avait-il fait une farce? Non, ce n'est pas son genre. Alors quand, enfin, elle aperçut une silhouette adossée contre le mur, elle soupira, soulagée.

- Theo? Ça va? s'enquit-elle, les sourcils froncés.

Il se laissa glisser le long du mur, jusqu'à se retrouver assis sur la pierre froide. Il avait la mine défaite et Enska n'aima pas le constater. Que pouvait-elle faire pour l'aider? Pourquoi avait-il fait appel à elle? Elle n'y comprenait rien. Ton monocorde et soupir, se dit-elle alors qu'il la saluait et la remerciait. Elle arqua un sourcil et, comme si elle avait eu peur de le faire fuir, lentement, en silence, elle s'approcha et s'assit près de lui, croisant ses jambes en tailleur. Elle se pencha vers Theodore et lui lança un regard inquisiteur, secouant imperceptiblement sa tête ; seul l'infime mouvement de ses cheveux aurait pu permettre de le remarquer.

- Theodore? tenta-t-elle pour le sortir de la rêverie qui l'absorbait. Je me suis fait un sang d'encre tout l'après-midi, et je dois dire que l'état dans lequel je te trouve là m'angoisse carrément. Pourquoi tu m'as faite venir? Pourquoi ici, aussi tard? Tu as fait une connerie?

C'était la seule réponse valable que son cerveau avait bien voulu élaborer. Même si, d'habitude, Theodore était quelqu'un de plutôt très discret, il n'était pas impossible qu'il ait trépassé le règlement, ou qu'il se soit attiré toute autre sorte d'ennui.
C'était la seule raison pour laquelle elle s'imaginait que Theodore puisse faire appel à elle : après tout, elle était Préfète et pas méconnue pour ses méthodes bien particulières de régler les problèmes et ses propres différends. Son jeune camarade avait déjà été témoin de quelques uns de ses exploits et, même si elle ne le lui avait jamais clairement explicité, il devait se douter pouvoir compter sur le soutien d'Enska. Doucement, elle couvrit de ses deux mains pâles celle du jeune homme et la serra.

- Tu peux me dire ce qui te tracasse, ne t'en fais pas. Elle se força à lui sourire en signe d'encouragement.
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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Mar 28 Avr - 3:23

Theodore est un peu inquiet, peut-être. Finalement, même s'il sait pourquoi il a demandé à Enska de venir dans ce couloir un peu perdu, il ne sait pas trop ce qu'il va pouvoir lui dire. il ne sait pas comment le dire, ni pourquoi finalement. Un instant, il se sent un peu dérisoire. Pourtant, il a besoin de savoir. Besoin de se convaincre. Se convaincre que toutes ces idées, ces corps masculins qui lui traversent l'esprit, ne sont rien que passagères. Qu'en réalité, il n'est qu'attiré par les femmes. Les femmes, belles, comme Enska. Qu'en réalité, il est normal. Pas pédé.

Il doit rassurer Enska, parce qu'elle, elle n'a pas de raison de s'inquiéter. Il aurait dû lui dire, d'ailleurs, en lui envoyant le dragon de papier, tout à l'heure, de ne pas s'inquiéter. Mais il n'était pas vraiment dans son état normal, tout à l'heure. Il avait des hauts le cœur, et puis il transpirait. Le bout de papier, il l'a envoyé sur un coup de tête. Il n'aurait sûrement pas dû. « Je suis désolée, j'aurais du te dire de ne pas t'en faire, j'ai été idiot. Tout à l'heure, ça me semblait limpide, et là... » Et là, Theodore a la sensation d'être le type le moins à sa place du monde.

A l'instant même, il prendrait certainement plus de plaisir à être suspendu au dessus du vide. S'il chutait, l'arrivée serait moins douloureuse.

Il ne veut pas blesser Enska, ou blesser ce qui existe entre eux deux, parce qu'il sait que c'est une jolie chose, une relation tissée sur un fond de légendes de dragons. Du tendre, donc, à la dure carapace. Il sait qu'il est en train de l'utiliser, purement, simplement, mais il y a réfléchi, longtemps, et il n'a pas trouvé d'autre solution. Il se sent minable, tout petit par rapport à elle. Mais il y a cet impérieux besoin qui le pousse à agir, malgré tout, malgré le remord et la honte. Avec ce dernier, seul et unique espoir, celui qu'Enska refuse.

« C'est pas simple à expliquer, je ne suis pas doué pour ce genre de choses... » Et ce n'est pas peu que de le dire. « Tu dois me voir arriver de loin avec mes grands sabots, je sais pas comment font les autres pour être subtils, j'ai jamais appris, on ne m'a jamais dit qu'il fallait, alors j'ai fait sans. Du coup, je crois que j'ai l'air un peu bête face à toi, et ça m'ennuie d'avoir l'air bête face à toi, parce que ça ne va sûrement pas jouer en ma faveur... »

Theodore se dit que ça pouvait difficilement être pire. Il n'a peut-être pas tord. Peut-être pas tout à fait raison non plus d'ailleurs. Il n'est pas très doué pour juger de lui-même, dire s'il est ou non dans l'erreur. Il ferait mieux de laisser ce jugement aux autres, il gagnerait du temps.

« Je pensais que je n'aurais pas le courage, mais finalement, en te voyant, là... » Il se tait, et pose sa main sur la joue d'Enska. Theodore fait de son mieux, il veut que tout cela paraisse le plus naturel du monde. Même pas pour les autres en dehors. Pour lui-même. Il veut que cela lui apparaisse comme la meilleure chose à faire, comme la plus douce et la plus jolie en même temps. Il voudrait que sa main sur la joue d'Enska, ce soit un morceau de poésie, ou de musique classique, quelque chose de beau et fort à la fois.

Theodore se rapproche, doucement, comme il pense qu'il est convenable de faire. De la joue d'Enska, sa main glisse vers sa nuque. Quelques centimètres, millimètres, peut-être même. Le souffle chaud d'Enska effleure sa peu. Il ne ressent rien. Rien. Si ce n'est un grand vide et le désir d'être autre part, loin d'ici. Il pose ses lèvres sur celles d'Enska. Le vide se creuse encore un peu. Par Merlin, qu'est-il en train de faire ?

Le morceau de musique, celui dont il rêvait, il se rend enfin compte que l'instrument qui le joue est tout désaccordé.
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ϟ parchemins : 203 ϟ Gallions : 371 ϟ Âge : Seize ans ϟ Baguette : Vingt-sept centimètres – bois d’orme – ventricule de cœur de dragon ϟ Sang : Pur ϟ Année d'étude : Sixième année
Préfète Serpentard • Sixième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Mar 28 Avr - 14:58

Des excuses, voilà comment Theodore reprit la parole. Elle n'avait pas à s'inquiéter, il avait simplement mal formulé son invitation, c'était ce qu'il était en train de lui expliquer. Enska acquiesça silencieusement mais ses mains étaient toujours crispées, sur celle de Theodore, et elles devenaient moites. Quelque chose, dans son attitude, dans ses paroles, la dérangeait. Oui, quelque chose clochait et elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Alors Enska fronça encore un peu plus les sourcils et son regard s'assombrit, se faisant plus perçant, plus méfiant encore.
Puis Theodore se mit à baragouiner des paroles sans queue ni tête, il évoquait des sabots et de la subtilité. Mais qu'est-ce que tu me chantes, Nott? Enska ne comprenait pas, et Enska n'aimait pas ne pas comprendre. Sans le vouloir, elle contracta sa mâchoire tandis qu'un sentiment d'irritation venait gratter ses pensées. Il ne voulait pas avoir l'air bête devant elle? Loupé, en effet. Et pourquoi cela devait-il jouer en sa défaveur? Ce n'était pas comme si Enska n'avait pas l'habitude de prendre les autres pour des idiots. Certes, elle n'avait jamais considéré Theodore comme faisant partie de la fange que composaient les autres, ceux à qui elle n'accordait pas d'intérêt. Non, Theodore était quelqu'un qui savait rester à sa place, qui savait se taire quand il n'y avait rien à dire. Et surtout, Theodore aimait les dragons. Il écoutait avidement toutes les histoires qu'Enska avait à lui conter, à propos de ces merveilleuses créatures. C'était ainsi qu'était née leur amitié et l'affection qu'Enska ressentait envers lui.
Elle fixait toujours son ami de ses yeux gris vides, perdue dans ses réflexions, lorsqu'il posa sa main sur sa joue. Surprise de ce contact, Enska sursauta et eut un léger mouvement de recul. Theodore n'avait jamais été du genre à apprécier les contacts physiques, lui semblait-il, et elle respectait cela. Elle non plus n'aimait pas qu'on la touche et elle ne touchait pas les autres, sauf rares exceptions. Elle sentit la paume du garçon se faufiler dans sa nuque et elle sentit son souffle se mêler au sien. Mais, comme paralysée, elle voyait à travers Theodore, elle contemplait le mur, derrière lui. Puis, les lèvres de son ami vinrent rencontrer les siennes, immobiles. Enska n'embrassa pas Theodore, son visage et son esprit étaient trop figés pour considérer cela comme un baiser.

Et soudain, sa vacuité se remplit d'indignation, de rage, même. Alors Enska plaqua ses deux mains sur le torse de Theodore et le repoussa avec force avant de le gifler avec une telle violence qu'il vacilla en arrière. Puis, d'un bond, elle se remit sur ses pieds pour le toiser de toute sa hauteur. Même un insecte hideux aurait eu droit à un regard plus tendre que celui qu'elle lança à Theodore, à ce moment-là.

- Ne. Refais. Plus. JAMAIS. Ça. Jamais Nott, tu m'as comprise?

Alors, comme pour mettre une emphase à ses propos, Enska dirigea sa baguette sur Theodore et enfonça la pointe dans sa poitrine.
Comment avait-il pu oser? Il avait trahi sa confiance. Il l'avait trompée. Il ne valait donc pas mieux que tous ces imbéciles qui lui avaient déjà tourné autour. Furieuse, ses pensées étaient prises dans un tourbillon de colère. Depuis tout ce temps... Leur amitié n'avait-elle était qu'un faux-semblant pour permettre à Theodore de se rapprocher, insidieusement, d'elle? De la piéger? La tempête intérieure qui tourmentait Enska s'extériorisait peu à peu à travers ses pouvoirs, sans qu'elle ne puisse la contrôler. La baguette, toujours profondément plantée sous la gorge de Theodore, vibrait sous la main fermement agrippée d'Enska. De minuscules éclairs émanaient de sa pointe et on pouvait clairement voir les cheveux de Theodore se dresser sur sa tête, sous l'effet de la magie de la jeune fille.

- Pourquoi? Pourquoi tu as fait ça? demanda-t-elle d'une voix à peine audible, sifflante entre ses dents serrées.
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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Jeu 30 Avr - 22:55

Un instant, Theodore reste immobile. La douleur sur sa joue pulse, ne digne diminuer. Il ne sait trop pourquoi-- une sorte de fierté mal placée, certainement, ou quelque chose qui y ressemble – il ne pose pas sa propre main sur la marque rouge pour atténuer la douleur. Comme s'il souhaitait faire croire n'avoir rien senti. Or il s'en moque. Il n'a rien à prouver à Enska, il le sait. Elle le prend comme il est, crache sur ses défauts qu'elle connaît, parce qu'il ne peut lui cacher, et admet tranquillement ses qualités. Parce qu'Enska est quelqu'un qui considère les gens à leur juste valeur. Tout du moins quelqu'un qui considère Theodore à sa juste valeur.

Après cet instant ridicule de fierté déplacée, il y a le constat. Plus que l'immobilité d'Enska, ou la violence de sa réaction, qui ne sont finalement que choses attendues. Non, le pire, c'est la confirmation de ce que Theodore aurait souhaité infirmer. Le refus de son corps à accepter d'être ce qu'il voudrait être, c'est-à-dire un garçon normal, avec des pensées normal. Pas un corps étrange, qui en plus d'être rebutant dans son apparence, l'est dans ses choix.

Parce qu'aussi formidable que puisse être Enska, Theodore ne sait que trop bien qu'il n'a rien ressenti. Pas un frisson, pas une once de bonheur, ni d'excitation quelconque. Rien, si ce n'est l'incompréhension quant à sa présence ici, et le désir que cela se finisse au plus vite. Mettre fin à cette torture incompréhensible, à la fois pour Enska et pour Theodore. Parce qu'elle veut comprendre, Enska, comprendre ce qui vient de lui arriver ; or Theodre n'est pas sûr de pouvoir lui expliquer. Pas sûr d'en être capable, à la fois parce que pas sûr de savoir lui-même et pas sûr, s'il sait, de trouver le courage de raconter tout ce qui lui est passépar la tête. ce lan idiot pour se persuader d'être quelqu'un de normal, un homme, attiré par des femmes, comme Theodore se doit de l'être, parce que son père lui a assez répété : un Nott a des valeurs à respecter.

Alors il rit, Theodore, il rit d'un rire violent, cassant, parce qu'il se rend compte d'à quel point il est ridicule, et il s'en veut terriblement d'infliger cela aux rares personnes qui font les efforts nécessaires pour le supporter. Il a un talent fou pour faire que les gens le méprisent, Theodore, et quand une personne passe les mailles du filet, il parvient tout de même à trouver le meilleur moyen possible de se faire haïr. Alors il rit, oui, il rit avec une tristesse qu'il est seule à comprendre, une tristesse qu'il s'accorde à lui-même, court répit avant de relever les yeux, avant de croiser le regard furieux d'Enska. Parce qu'Enska a toutes les raisons du monde d'être furieuse, et si Theodore n'avait pas été Theodore, s'il avait été à la place d'Enska, il aurait été furieux, lui aussi, sans le moindre doute.

Il finit par arrêter ce rire perçant, hideux à l'oreille, et par fixer Enska dans les yeux, geste simple lui demandant un effort surhumain. Que dire, concrètement, pour tenter de limiter les dégâts ? C'est censé être un intellectuel, Theodore, mais avec l'inanimé, seulement. Lorsqu'il s'agit de relations humaines, c'est sensiblement plus complexe. « J'avais l'impérieux besoin de savoir. Ça peut sembler terriblement dérisoire de ton point de vue, j'en ai conscience. Du mien, ça relève du vital, je te le jure. » Theodore souffle un instant, avant de reprendre, plus vite. Comme s'il souhaitait se débarrasser de tout ça. « Tu me laisses parler, m'expliquer, ensuite tu me frapper à nouveau. Parce que je préfère être honnête de suite – et je n'en suis pas fier, cependant – je t'ai utilisée parce que c'était pour moi la chose la plus simple à faire. Je devais... Vérifier quelque chose. Chez moi. Je crois que je fonctionne mal.Je suis un peu cassé, tu vois. En même temps, avec un père pareil, ça ne pouvait qu'être un travail mal fini. J'aurais dû m'en douter avant. Quel con ! » Il s'arrête, baisse-les yeux, s'immobilise. Comme si, tout en ayant toujours su, il était en train de tout réaliser, à cet instant précis. L'heure de s'admettre la chose, de la regarder en face, droit dans les yeux. Parce qu'il n'est plus question d'échappatoire.
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ϟ parchemins : 203 ϟ Gallions : 371 ϟ Âge : Seize ans ϟ Baguette : Vingt-sept centimètres – bois d’orme – ventricule de cœur de dragon ϟ Sang : Pur ϟ Année d'étude : Sixième année
Préfète Serpentard • Sixième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Lun 4 Mai - 1:03

Enska tentait de canaliser sa colère du mieux qu'elle pouvait, mais les infimes étincelles qui s'échappaient encore de sa baguette lui prouvaient qu'elle n'avait que peu de maîtrise sur ses émotions. Il faudra que tu songes à travailler ça, ma p'tite. Une éternité sembla s'écouler alors qu'elle attendait une réaction de la part de Theodore, alors elle occupait ses pensées comme elle le pouvait, s'empêchant probablement de torturer celui qui fut son ami, avant. Theodore Nott avait su amadouer Enska, l'attendrir, la faire se préoccuper de lui et il était même parvenu à lui faire vraiment aimer sa compagnie. Enska se socialisait plus souvent par politesse que par réel désir, mais Theodore faisait partie des rares personnes avec qui Enska appréciait vraiment de passer du temps. Puis le rire froid, cinglant de Theodore sortit Enska de ses ruminations, il la gifla comme elle venait de le gifler. Ainsi donc, lui trouvait la situation amusante, hilarante, même, à en croire ce son qui résonnait dans le couloir sans vouloir s'arrêter. Aussitôt, Enska ôta sa baguette de la poitrine de Theodore et se força à l'abaisser, à la tenir loin de lui, pour le protéger de sa haine qui aurait certainement traversé le bout de bois pour atteindre son cœur pourri. Il se moquait d'elle. Il l'avait humiliée et s'en moquait. Enska inspira longuement, levant la tête vers le plafond plongé dans l'obscurité, et elle sentit tout son corps se raidir.

- Tais-toi ou je vais te faire taire, marmonna-t-elle alors que le rire de Theodore s'évanouissait déjà.

Enfin, il leva les yeux et la regarda. Il ne cillait pas, et elle non plus. Tu vas vite perdre au jeu des regards, l'avertit-elle silencieusement.
Utilisée. Il lui avouait l'avoir utilisée. Le mot se répercutait dans son crâne en perdant de son sens à chaque répétition. D'un regard vide, elle fixait toujours Theodore.

- Je te croyais mon ami et tu viens pourtant de m'avouer m'avoir utilisée. Il fallait qu'elle dresse le constat évident, peut-être pour éclaircir ses propres réflexions. Ce que tu me racontes là n'a aucun sens pour moi, tu t'en rends compte? Qu'est-ce qui pouvait bien être assez urgent, assez important, pour briser la confiance que j'ai en toi, Theodore? Tu es cassé? Je te réponds, sincèrement et sans l'ombre d'un doute "oui". Oui, tu l'es. Tu l'as toujours été, ce n'est pas nouveau. Mais qu'est-ce qui a changé pour que tu t'en prennes à moi et à notre amitié?

Son ton, d'abord cassant, s'était progressivement fait accablé. Theodore l'avait déçue, trompée. Elle venait de perdre un ami et, bien qu'elle ne le reconnaîtrait devant personne, Enska était blessée. Alors elle tentait de faire passer sa tristesse pour de la fureur.

- Est-ce que ça en a valu la peine, au moins, dis-moi? Est-ce que tu as pu vérifier ce qui avait visiblement plus d'importance que le respect que tu me devais? Si seulement tu m'avais parlé, Theo. Si seulement tu m'avais demandé mon avis. Si tu m'avais éclairée à propos de ce qui te tracassait. Peut-être que nous n'en serions pas là, maintenant. Mais non, tu as préféré me traiter comme quantité négligeable. J'aurais tellement aimé pouvoir t'aider, Theo.

Du haut son mètre soixante-quinze, Enska toisait Theodore, toujours assis contre le mur. Lentement, elle hochait la tête de gauche à droite en se mordant la lèvre. Elle soupira.
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Serpentard • Cinquième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Mer 6 Mai - 22:34

« Je crois que je suis pédé, Enska. »

Et voilà. Il ne dit plus rien, Theodore. Il pense. Il pense à ce qu'il vient de dire. C'est la première fois qu'il le dit, qu'il ose le dire tout haut. Enska, c'est la première personne à qui il l'admet. Peut-être même que s'il lui admet à elle, c'est parce qu'il n'est pas capable de se l'admettre à lui-même, que c'est le seul moyen concret qu'il a trouvé pour accepter d'articuler ce qui ne sait encore sonner que comme une insulte dans sa bouche. Il fut un homme pour dire un jour qu'à taire les choses, on ajoutait à la misère du monde. Theodore est un miséreux, de cela il sait ne pas douter. Mais de cela seulement, certainement.

Et de ce qui se tord dans son ventre actuellement, de cette torture fait du malaise de ce qu'il réalise être, et du malaise, peut-être plus terrible encore – sûrement même – d'avoir blessé son amie.

Il voudrait se relever, s'excuser Theodore, mais il n'arrive à rien, trop préoccupé par la contemplation de ces propres pensées. Est-ce à ce moment là qu'il doit pleurer, pour que vraiment la scène soit tragique ? A ce moment que les violons se doivent de commencer à jouer, un air triste à en faire chialer une pierre morte ? Peut-être, oui, mais si Theodore vit une tragédie, ce n'est pas à cause du destin, ce n'est à cause de rien d'autre que sa propre connerie. Qu'il serait absurde que de se crever les yeux pour espérer un pardon dont il n'aurait alors plus besoin. Un pardon se demande, il ne s'acquiert pas à l'apitoiement. On ne s'apitoie pas, quand on est Serpentard.

Il ne manque qu'un peu de courage à Theodore pour se lever, pour regarder Enska droit dans les yeux, pour lui dire, lui dire tout du début à la fin et la laisser juge, elle et elle seule, du oui ou du non d'un potentiel pardon. Parce Theodore se rend enfin compte de tout ce qu'il vient de mettre en jeu dans cette stupide histoire de perpétuel refus. ce n'est pas qu'il accepte maintenant plus qu'hier. Mais son amitié avec Enska, ce n'est pas loin d'être tout ce qu'il a d'à peu près joli dans ce château, d'au moins aussi joli que les légendes de dragons qu'elle veut bien lui raconter, et que Theodore écoute avec des yeux de môme, assis sur le tapis moelleux de la salle commune.

Une amitié bâtie sur des histoires de dragons, sincèrement, ça ne peut qu'être joli...

« Tu vois, ça fait quatre ans que je crache au visage de Winch, que je vomis ce qu'il est parce que ce n'est pas normal, parce que c'est d'une incroyable laideur et que je n peux pas comprendre. Et puis un matin je me rends compte que si je lui crache au visage, c'est pas tant parce qu'il est homo, parce que j'en n'ai rien à foutre, des gens, de ce qu'ils sont, non, si je lui crache dessus, c'est pour pas avoir à dire que... Que merde ! je le trouve attirant, plus que je ne te trouverais jamais attirante alors que t'es certainement l'une des plus belle fille de cette foutue école, tu vois ? Chaque insulte que je lance, j'ai l'impression de me persuader d'être capable de m'éloigner de lui. Mais au final, il est certainement le seul que je prends la peine d'insulter. Et je me sens ridiculement minable. Et maintenant encore un peu plus et je suis désolé et je suis nul et je sais pas ce que je pourrais faire pour m'excuser auprès de toi et je m'en veux et je ne sais pas me taire. Pardon Enska. Je t'achèterais un dragon, si tu veux, pour me faire pardonner. »

Il tente un faible sourire. Aussi laid que les pensées qui lui massacre le crâne. Alors il n'essaye plus rien.
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Préfète Serpentard • Sixième année ─
MessageSujet: Re: ENSKA - La vie est un roman   Mar 12 Mai - 19:33

La déclaration de Theodore déferlèrent sur Enska comme une vague d'eau glacée. Hébétée, elle avait l'impression d'avoir été frappée en plein visage et fut prise de vertiges. Theo s'était immédiatement tu, il avait replongé dans un mutisme qui vrillait pourtant les tympans d'Enska.

Elle n'était pas du genre à s'interroger à propos de la vie des gens : la plupart des informations qu'elle détenait, on les lui donnait sans qu'elle les demande. Lorsqu'elle entendait parler d'amour, Enska était plutôt du genre à lever les yeux au ciel, pas de celui à s'émouvoir. Pas une seule fois elle ne s'était donc posé de questions sur la vie sentimentale de Theo. Ni de quiconque, d'ailleurs. Comment aurait-elle pu prévoir la bombe qu'il venait de lâcher sur elle? Que lui fallait-il répondre? Enska avait la gorge nouée, impuissante devant cette vérité crue qu'il venait de lui livrer en espérant sûrement qu'elle agisse, qu'elle le rassure et le fasse sourire, comme elle le faisait depuis toujours avec ses histoires de dragons...
Mais Enska n'avait pas le cœur à conter des légendes à Theodore. Elle avait plutôt envie de le prendre dans ses bras comme elle l'aurait fait avec un jeune enfant apeuré par le noir qui les enveloppait. Alors elle se laissa lentement glisser à terre, emportée par ses genoux flageolants. Oui, Enska aurait aimé enlacer son ami car toute la haine qu'elle avait pu ressentir s'était envolée, mais son éternelle retenue l'empêcha d'être aussi démonstrative. Alors elle se contenta d'être là, à genoux devant lui, tentant vainement de croiser son regard. Elle ne savait même pas s'il l'avait remarquée, en face de lui, mais elle l'écouta attentivement lorsqu'il reprit la parole. Il semblait s'arracher douloureusement des mots de sa propre bouche et Enska grimaça au nom de Winch. Bien qu'elle prenait un malin plaisir à le tortuer, elle n'avait jamais partagé la haine que Theodore semblait éprouver pour Tove. Et encore moins la raison que son ami évoquait : Enska avait eu vent des fréquentations du Poufsouffle mais ne s'en était jamais formalisée comme certaines personnes semblaient le faire. Tant qu'il ne l'approchait pas elle, que pouvait-elle lui reprocher sur ce plan-là? Absolument rien, malheureusement, se dit-elle en esquissant un léger sourire avant de se reprendre. Theodore était aux prises avec lui-même et, si elle n'avait pas la prétention de tout comprendre, Enska pensait savoir pourquoi son ami paraissait tellement dégoûté par sa propre personne. Mr Nott, le père de Theodore. Enska ne connaissait pas grand chose de cet homme, mais les bribes d'informations que Theodore avait laissées échapper faisaient froid dans le dos à la jeune fille, et elle pouvait aisément s'imaginer la réaction de Mr Nott en apprenant que son fils préférait se pâmer avec de jeunes hommes plutôt que de trouver une épouse et de fournir un nouvel héritier à sa famille. Prise de frissons, Enska secoua vivement les épaules et, les larmes aux yeux, elle écouta Theodore s'excuser d'avoir, au final, été honnête avec elle et d'être... lui-même. Alors qu'elle aurait voulu lui montrer bien plus de son affection, seules ses mains allèrent à la rencontre de celles de Theodore, le reste de son corps restait entravé par sa raison qui fuyait toujours le contact avec les autres. Elle se mordit l'intérieur des joues en s'en rendant compte en s'injuriant silencieusement. Doucement, elle enserra donc les doigts de Theodore dans ses paumes. Quelles paroles pouvait-elle ajouter à son geste, pour lui signifier qu'il n'avait même plus à lui demander pardon? Aucune, probablement. Heureusement pour elle, il lui proposa alors de lui acheter un dragon et Enska se mit à rire faiblement, son sourire barré par les mèches de cheveux blonds qui étaient venues se coller à son visage pour cacher les quelques larmes qu'elle n'avait pu contenir. Ses pouces caressaient doucement le dos des mains de Theodore.

- C'est moi qui devrais te demander des excuses... Pardon de m'être emportée aussi vite... Pardon d'avoir cru que tu aurais pu vouloir me faire du tort... Pardon également pour ce que je vais te dire, maintenant. Elle prit une profonde inspiration. T'es qu'un crétin, Theodore Nott. Comment tu as pu croire que j'allais te juger pour un truc aussi débile? Pourquoi tu ne m'en as pas simplement parlé? D'accord, d'accord, j'ai tendance à soupirer rapidement quand on me parle de ce genre de choses, mais toi, je t'aurais écouté. J'espère que tu n'en as pas douté? Si j'avais simplement tourné les talons, après que tu m'as embrassée de force, m'aurais-tu à nouveau adressé la parole? Ou bien m'aurais-tu simplement évitée pour les deux années à venir?

Enska reprit son souffle aussi calmement qu'elle le put, elle avait senti sa voix devenir chevrotante en imaginant que Theo aurait pu sortir de sa vie d'une façon aussi idiote. Elle inspira et expira plusieurs fois et se laissa à nouveau gagner par la colère : elle aurait pu le gifler à nouveau, mais elle ferma simplement plus fermement ses doigts sur les mains de Theodore. Elle ne le laisserait plus fuir.

- Pourquoi tu te laisses bouffer par un truc aussi insignifiant? T'es libre de faire ce que tu veux, non? Elle leva les yeux au plafond. Merlin, Nott, je t'ai toujours trouvé absurde avec tes principes de Sang Pur et autres affabulations du même acabit... Le pire c'est que je sais que ces âneries sortent de la bouche de ton père, et pas de la tienne. Tu passes d'autant plus pour un imbécile, tu en as conscience?

Elle marqua une pause et ferma les yeux en se passant la langue sur les lèvres, l'air exaspéré.

- Pourras-tu arrêter de jouer la comédie, pour une fois? Y arriveras-tu?
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